Le chromatisme à la guitare consiste à insérer dans une phrase des notes étrangères à la gamme, situées un demi-ton au-dessus ou au-dessous des notes voisines. Bien placées, ces notes ne sonnent jamais faux : elles fluidifient la ligne et lui donnent une couleur jazz ou blues immédiate. Cet article recense les six placements qui fonctionnent, chacun avec sa mini-tablature en La mineur ou sur A7 :
- la note de passage ;
- l’approche par le dessous ;
- l’approche par le dessus ;
- la double approche, ou enclosure ;
- la ligne chromatique descendante sur accord 7 ;
- le remplissage rythmique.
Les 6 placements du chromatisme à la guitare
1. La note de passage entre deux notes de gamme

C’est le placement le plus naturel. Quand deux notes de la gamme sont séparées d’un ton, la note intermédiaire les relie par demi-tons. Dans l’exemple, le Do# comble l’espace entre Do et Ré : la ligne devient Do – Do# – Ré, sans rupture. La note étrangère ne dure qu’une croche et reste en mouvement, donc l’oreille l’entend comme un glissement, pas comme une erreur. Ce principe fonctionne entre n’importe quelle paire de notes distantes d’un ton, dans toutes les gammes, y compris la pentatonique mineure.
2. L’approche par le dessous

Ici, la note chromatique précède sa cible d’un demi-ton par en dessous. Le Ré# annonce le Mi, quinte de l’accord, et crée une micro-tension aussitôt résolue. L’approche par le dessous a un caractère ascendant, presque vocal : elle pousse la note d’arrivée. Elle se place idéalement juste avant un temps fort, la cible tombant sur le temps. Les cibles les plus payantes sont les notes de l’accord : fondamentale, tierce, quinte.
3. L’approche par le dessus

Le miroir du placement précédent : la note étrangère surplombe sa cible d’un demi-ton, puis retombe dessus. Le Sib pèse sur le La et s’y résout par le haut. Cette approche descendante sonne plus tendue que la montée, car le demi-ton supérieur frotte davantage avec l’accord. Elle est très utilisée en jazz pour viser la tierce ou la quinte, et en blues pour retomber sur la tonique en fin de phrase.
4. La double approche, ou enclosure

L’enclosure combine les deux approches : la cible est encadrée par sa voisine supérieure puis sa voisine inférieure, avant d’être jouée. Dans l’exemple, Si puis Sol# entourent le La. Ce motif de trois notes est une signature du be-bop ; il retarde la note attendue et double la tension avant la détente. L’ordre inverse, dessous puis dessus, fonctionne aussi. À travailler sur chaque note de l’arpège, lentement, car le doigté demande souvent un petit déplacement de la main.
5. La ligne chromatique descendante sur accord 7

Sur un accord de septième comme A7, une descente entièrement chromatique depuis la septième mineure est un classique du blues et du jazz. La ligne Sol – Fa# – Fa – Mi traverse deux notes étrangères de suite, mais sa direction régulière et son point d’arrivée, ici le Mi puis la tierce Do#, la rendent limpide. C’est le placement le plus long de la liste : quatre demi-tons consécutifs, à réserver aux accords 7, dont la couleur tolère bien ce glissando de croches.
6. Le remplissage rythmique

Dernier placement, le plus pragmatique : le chromatisme sert à combler un trou rythmique. Quand une phrase se termine trop tôt et que la note suivante est prévue sur le temps fort d’après, quelques demi-tons maintiennent le débit de croches jusqu’à la cible. La ligne Mi – Fa – Fa# – Sol – La de l’exemple ne cherche aucune couleur particulière : elle assure la continuité du discours. C’est ainsi que les improvisateurs de jazz gardent des lignes ininterrompues sans se limiter aux notes de la gamme, comme l’explique le guide de l’improvisation jazz à la guitare.
La règle commune : le demi-ton sur le temps faible
Les six placements obéissent à la même loi rythmique : la note chromatique se joue sur un temps faible ou entre les temps, et la note de gamme qu’elle vise tombe sur le temps. L’oreille juge une note à l’endroit où elle s’arrête ; tant que les demi-tons circulent et que les appuis restent diatoniques, la phrase sonne juste. S’arrêter sur une note étrangère, à l’inverse, produit la fausse note. Prolonger volontairement cette tension est possible, mais relève d’une autre technique, l’outside playing, qui organise la sortie complète de la gamme.
| Placement | Contexte idéal | Risque principal |
|---|---|---|
| 1. Note de passage | Deux notes de gamme à un ton d’écart | Faible : la note reste en mouvement |
| 2. Approche par le dessous | Avant une note de l’accord, sur un temps fort | Cible manquée : tension non résolue |
| 3. Approche par le dessus | Fin de phrase, retour vers la tonique ou la tierce | Frottement marqué si la note traîne |
| 4. Enclosure | Phrasé be-bop, notes d’arpège | Doigté : demande un travail lent |
| 5. Descente sur accord 7 | Blues et jazz, accords A7, D7, E7 | Hors accord 7, la ligne perd son sens |
| 6. Remplissage rythmique | Combler l’espace avant un temps fort | Abus : la ligne devient bavarde |
Les erreurs courantes avec le chromatisme
Trois défauts reviennent systématiquement quand on découvre ces placements. Les repérer suffit souvent à les corriger.
Tenir une note chromatique sur un temps fort. C’est l’inverse exact de la règle commune : une note étrangère posée sur le premier ou le troisième temps, et prolongée, s’entend comme une fausse note, car l’oreille la juge à l’endroit où elle s’arrête. Le remède est rythmique, pas mélodique : décaler la phrase d’une croche pour que le demi-ton retombe entre les temps.
Jouer des demi-tons sans cible. Un chromatisme se définit par sa note d’arrivée. Enchaîner des demi-tons « pour l’effet », sans viser une note de la gamme ou de l’accord, produit une ligne flottante qui ne se résout jamais. Avant de jouer la note étrangère, la cible doit donc être choisie : fondamentale, tierce ou quinte de l’accord en cours.
Saturer la phrase. Une ou deux notes chromatiques par phrase suffisent. Au-delà, la couleur de la gamme disparaît et le discours devient uniforme. En cas de doute, retirer les demi-tons un par un : si la phrase tient toujours debout, c’est que le chromatisme restant est le bon.
L’exercice de synthèse : une ligne sur ii-V-I
La progression ii-V-I, détaillée dans le guide du 2-5-1 à la guitare, est le terrain idéal pour combiner les placements : trois accords, trois cibles, trois occasions de placer un demi-ton. La ligne ci-dessous, en Do majeur, enchaîne une note de passage sur Dm7, une enclosure sur G7 et une approche par le dessous sur Cmaj7.

À travailler lentement, en nommant la cible de chaque mesure à voix haute avant de la jouer. Ensuite, transposer la même logique dans une autre tonalité, par exemple en Sol (Am7 – D7 – Gmaj7) : les doigtés changent, la grammaire reste.
Comment travailler le chromatisme à la guitare ?
Le chromatisme à la guitare se résume à une règle et six gestes. La règle : les demi-tons étrangers circulent sur les temps faibles et se résolvent sur une note de gamme posée sur le temps. Les gestes : note de passage, approche par le dessous, approche par le dessus, enclosure, descente sur accord 7 et remplissage rythmique, chacun illustré plus haut par une tablature courte. Conseil pratique : travailler un seul placement à la fois, sur une boucle en La mineur ou sur A7, en l’insérant dans des phrases déjà connues plutôt qu’en le jouant isolément. Pour la théorie complète des douze demi-tons, voir l’article sur la gamme chromatique à la guitare, et pour l’histoire de cette échelle, la page Gamme chromatique sur Wikipédia.
Questions fréquentes
Le chromatisme fonctionne-t-il dans tous les styles ?
Oui, à doses variables : discret en pop et en rock, permanent en jazz et en blues. Les six placements restent identiques, seul le dosage change.
Sur quelle gamme travailler ces placements ?
N’importe laquelle : les exemples utilisent La mineur et A7, mais la logique demi-ton vers note cible se transpose à toute gamme et toute tonalité.
Quelle est la différence entre chromatisme et outside playing ?
Le chromatisme insère une ou deux notes étrangères en mouvement ; l’outside playing quitte franchement la gamme plusieurs temps avant de résoudre.

