Larry Carlton est un guitariste américain né en 1948 en Californie. Surnommé « Mr. 335 » en référence à sa Gibson ES-335, il a signé des milliers de séances de studio à Los Angeles, dont le célèbre solo de « Kid Charlemagne » pour Steely Dan. Quatre Grammy Awards récompensent ensuite sa carrière solo. Cette page présente sa biographie, son phrasé blues-jazz chantant, son matériel et une discographie sélective pour découvrir son œuvre.

Le guitariste que tout Los Angeles s’arrachait
Dans les années 1970, une question revient chez les amateurs : qui joue ces solos parfaits sur les disques de pop et de jazz venus de Californie ? La réponse est souvent la même. Au sommet de son activité, Larry Carlton enchaîne jusqu’à cinq cents séances d’enregistrement par an. On l’entend chez Joni Mitchell (Court and Spark, 1974 ; Hejira, 1976), chez Michael Jackson, Barbra Streisand ou Quincy Jones, et surtout chez Steely Dan : The Royal Scam (1976), Aja (1977), Gaucho (1980). Son solo sur « Kid Charlemagne », construit comme une composition à part entière, est régulièrement classé parmi les plus grands solos jamais enregistrés. En parallèle, il est membre du groupe jazz-funk The Crusaders pendant l’essentiel de la décennie.
Biographie de Larry Carlton
Des débuts précoces (1948-1970)
Larry Eugene Carlton naît le 2 mars 1948 à Torrance, dans la banlieue de Los Angeles. Il commence la guitare à six ans. Adolescent, il absorbe trois influences qu’il citera toute sa vie : le blues de B.B. King, le jazz de Joe Pass et le saxophone de John Coltrane. Ce triple héritage explique son phrasé : des notes de blues, une science des accords de jazzman, une respiration de souffleur. Dès la fin des années 1960, il enregistre son premier album et entre dans le circuit des studios californiens.
Room 335 et la carrière solo (1978-1987)
En 1978, l’album Larry Carlton chez Warner Bros. marque son passage au premier plan. Le titre d’ouverture, « Room 335 », du nom de son studio personnel, devient un standard du jazz fusion. Suivent des albums réguliers et deux premiers Grammy Awards : en 1981 pour le thème de la série Hill Street Blues, composé avec Mike Post, puis en 1987 pour son interprétation de « Minute by Minute ».
1988 : l’agression et le retour
Le 6 avril 1988, un inconnu tire sur Carlton devant son studio Room 335. Touché à la gorge, il subit des atteintes aux nerfs et aux cordes vocales ; son bras gauche est d’abord paralysé. Six mois de rééducation sont nécessaires pour rejouer quelques notes. Toutefois, le retour est complet : dès 1989, il enregistre de nouveau et retrouve la scène. Sa carrière repart, avec deux Grammy Awards supplémentaires : en 2001 pour No Substitutions: Live in Osaka, en duo avec Steve Lukather, et en 2010 pour Take Your Pick, enregistré avec le guitariste japonais Tak Matsumoto.
Fourplay, l’après-carrière et aujourd’hui
De 1998 à 2010, Carlton tient la chaise de guitariste du quartette smooth jazz Fourplay, où il succède à Lee Ritenour, autre grand sessionman californien. En 2020, la marque Sire lance avec lui une gamme de guitares signature abordables. Après plus de cinquante ans de scène, il boucle fin 2022 sa tournée mondiale d’adieu ; il continue depuis de se produire ponctuellement, notamment en club et en festival, sans reprendre de longues tournées.
Le style de jeu de Larry Carlton, guitariste au phrasé chantant
Carlton pense chaque solo comme une mélodie que l’on pourrait chanter. Ses phrases sont courtes, respirées, conclues proprement. Les bends, ces tirés de corde qui montent la note, sont d’une justesse absolue : un demi-ton ou un ton exact, souvent tenus avec un vibrato doux. Les doubles cordes, deux notes jouées ensemble, apportent l’épaisseur de son héritage blues et gospel.

Sa deuxième marque de fabrique est le jeu sur les accords. Formé par les grilles complexes de Steely Dan ou des Crusaders, Carlton vise les notes de chaque accord plutôt qu’une gamme unique : sur un accord de Fa majeur septième, il fait sonner le La ; sur le Sol suivant, le Si. Ainsi, ses solos épousent l’harmonie au lieu de la survoler. Cette approche, détaillée dans le guide de l’improvisation blues à la guitare, part presque toujours d’un socle simple : la gamme blues, enrichie de notes cibles.

Le matériel de Mr. 335
Le surnom dit l’essentiel : depuis les années 1970, Carlton joue une Gibson ES-335 de 1969, guitare demi-caisse au son rond et boisé. Il l’a branchée dans des amplis devenus mythiques, un Fender Deluxe de 1958 puis des amplis Dumble fabriqués sur mesure, aujourd’hui remplacés par des Bludotone comparables. Peu d’effets : une légère saturation d’ampli, parfois un délai discret. Depuis 2020, ses modèles signature Sire H7 et L7 reprennent l’esprit de la demi-caisse à un prix accessible, ce qui a mis son cahier des charges entre toutes les mains.
Discographie sélective : par où commencer ?
| Album | Année | Contexte | Intérêt |
|---|---|---|---|
| The Royal Scam (Steely Dan) | 1976 | Session | Le solo de « Kid Charlemagne » |
| Larry Carlton | 1978 | Solo | « Room 335 » et la signature fusion |
| Last Nite | 1986 | Live | Le phrasé chantant en concert |
| No Substitutions: Live in Osaka | 2001 | Duo avec Steve Lukather | Le Grammy du retour au sommet |
| Take Your Pick | 2010 | Duo avec Tak Matsumoto | Le dernier Grammy en date |
Ce qu’un guitariste peut travailler grâce à Larry Carlton
Son jeu offre trois exercices concrets. Premier chantier : la justesse des bends. Tirer la corde jusqu’à la note cible, vérifier au diapason ou avec la case correspondante, recommencer. Deuxième chantier : chanter chaque phrase avant de la jouer, car une phrase que l’on ne peut pas chanter est souvent une phrase de doigts, pas de musique. Troisième chantier : sur une grille simple, viser une note de chaque accord au moment où il arrive. Ce travail de notes cibles transforme une improvisation en mélodie construite.
Pourquoi Larry Carlton reste-t-il un modèle pour les guitaristes ?
Larry Carlton résume une certaine idée de la guitare : servir la musique d’abord. Sessionman le plus demandé de Los Angeles, il a prouvé qu’un accompagnateur pouvait devenir un soliste majeur, avec quatre Grammy Awards et un standard, « Room 335 », à son nom. Son retour après l’agression de 1988 ajoute une leçon de volonté à la leçon de musique. Pour l’aborder, le chemin le plus direct reste d’écouter « Kid Charlemagne » puis « Room 335 », et de travailler bends justes et notes cibles sur une grille de blues. Le phrasé chantant n’est pas un don : c’est une méthode.
Pour aller plus loin
Le site officiel larrycarlton335.com rassemble sa discographie, ses dernières apparitions publiques et ses cours de guitare en ligne, où il détaille lui-même son approche des notes cibles et du phrasé.
Questions fréquentes
Pourquoi Larry Carlton est-il surnommé « Mr. 335 » ?
En référence à sa Gibson ES-335 de 1969, sa guitare de toujours, qui a aussi donné son nom à son studio et au morceau « Room 335 ».
Qui joue le solo de « Kid Charlemagne » ?
Larry Carlton, en séance pour Steely Dan sur l’album The Royal Scam (1976) ; ce solo est régulièrement classé parmi les plus grands de l’histoire.
Larry Carlton est-il encore en activité ?
Sa tournée mondiale d’adieu s’est achevée fin 2022 ; il se produit encore ponctuellement et propose des cours en ligne.

