Un plan guitare blues est une phrase toute faite, pensée pour un moment précis de la grille de douze mesures. Plutôt qu’une théorie préalable, voici tout de suite un premier exemple : une montée de quatre notes qui démarre sur le dernier temps d’un cycle et vient se poser sur le La de la mesure 1. Ce plan d’ouverture, jouable dès le niveau débutant, annonce le solo qui commence. Les onze suivants couvrent le reste de la grille : accords A7, D7, E7 et turnarounds.

Plan ou lick : quelle différence ?
Un lick est une phrase courte et transportable, utilisable presque n’importe où ; le catalogue de licks de guitare en présente cinquante-deux. Un plan est plus long et plus situé : il est écrit pour un endroit précis de la grille, souvent à cheval sur un changement d’accord. Ainsi, un plan « sur D7 » met en avant les notes de l’accord D7 et perd de son effet ailleurs. Connaître des plans revient donc à connaître la grille elle-même.
Tous les plans de cette page sont écrits pour un blues en La, le plus courant à la guitare. Ils puisent dans la pentatonique mineure de La enrichie de la note bleue (Ré#) et des tierces des trois accords : Do# pour A7, Fa# pour D7, Sol# pour E7. Le schéma ci-dessous rappelle la grille de référence.

Les plans d’ouverture (plans 1 et 2)
Un plan d’ouverture lance le solo. Il démarre en levée, c’est-à-dire avant le premier temps de la mesure 1, et crée un effet d’élan. Le plan 1, donné en tête d’article, monte vers le La aigu. Le plan 2 applique la même idée dans le grave : il part de la tonique, traverse la tierce de A7 et la note bleue, puis se pose sur le La médium.

Conseil de placement : jouer l’ouverture sur les deux derniers temps de la mesure 12 du cycle précédent, pour que la dernière note tombe exactement sur le premier temps de la mesure 1.
Les plans sur l’accord A7 (plans 3 à 5)
L’accord A7 occupe la moitié de la grille : mesures 1 à 4, 7 et 8, puis 11. C’est donc la famille de plans la plus utile. Sa note signature est le Do#, la tierce majeure, qui frotte avec le Do naturel de la pentatonique mineure. Ce frottement b3 / 3 est le son du blues.



Conseil de placement : sur les mesures 1 à 4, alterner un plan court (plan 3) puis un plan long (plan 5), en laissant un silence d’au moins un temps entre les deux. Le silence fait respirer le solo autant que les notes.
Les plans sur l’accord D7 (plans 6 et 7)
Le passage sur D7, aux mesures 5 et 6, est le premier tournant de la grille. La note à viser est le Fa#, tierce de l’accord : elle signale à l’oreille que l’harmonie a changé. Le Do naturel, septième de D7, reste lui aussi parfaitement à sa place.


Conseil de placement : jouer le Fa# sur le premier temps de la mesure 5. Marquer le changement d’accord dès son arrivée est la façon la plus simple de sonner « pro » sur une grille de blues.
Les plans sur l’accord E7 (plans 8 et 9)
La mesure 9 est le sommet de tension de la grille : l’accord E7, degré V, appelle le retour vers A7. Sa tierce, le Sol#, est la note la plus étrangère à la pentatonique mineure de La ; c’est précisément pour cela qu’elle marque ce moment.


Conseil de placement : le plan 8 fonctionne à cheval sur les mesures 9 et 10, sa dernière note (La) tombant sur la mesure 11. Le plan 9, lui, reste entier dans la mesure 9 et laisse la mesure 10 (D7) libre pour une réponse.
Les turnarounds (plans 10 à 12)
Le turnaround occupe les mesures 11 et 12 : il referme le cycle et relance le suivant. Sa signature est la descente chromatique, une suite de notes qui descendent case par case, du Do# vers le Si, avant de viser l’accord E7.



Conseil de placement : en cours de morceau, choisir les plans 10 ou 11, qui débouchent sur E7 et relancent le cycle. Pour la toute fin, préférer le plan 12, qui s’arrête sur A7. Ces trois plans se jouent lentement : le turnaround est un moment que l’on souligne, pas que l’on traverse.
Construire un chorus complet avec ces plans
Un chorus est un tour complet de la grille. Pour le bâtir, une recette simple : plan d’ouverture en levée, un plan sur A7 aux mesures 1-4, un plan sur D7 à la mesure 5, une réponse sur A7 aux mesures 7-8, un plan sur E7 à la mesure 9, puis un turnaround. Six plans, un chorus entier. Au chorus suivant, changer deux ou trois plans seulement : la continuité fait le style. Pour relier ces phrases entre elles et improviser librement autour, les méthodes de l’improvisation blues à la guitare et du guide improviser à la guitare prennent le relais. La gamme pentatonique mineure reste le socle commun de tous ces plans.
Comment mémoriser ces 12 plans de guitare blues ?
Ces douze plans guitare blues couvrent chaque moment de la grille : deux ouvertures, trois phrases sur A7, deux sur D7, deux sur E7 et trois turnarounds. Le plus efficace est de les apprendre par fonction, pas par ordre : d’abord une ouverture et un turnaround, qui encadrent le chorus, puis un plan par accord. En une ou deux semaines, à raison d’un plan tous les deux jours sur un accompagnement de blues en La, l’ensemble tient en mémoire. Ensuite, transposer : la même grille en Mi ou en Sol se joue avec les mêmes dessins, déplacés le long du manche. Pour situer ces phrases dans l’histoire du style, la page Blues sur Wikipédia retrace les origines de cette musique et de sa grille de douze mesures.
Questions fréquentes
Faut-il connaître la grille de blues avant d’apprendre ces plans ?
Oui, au moins dans les grandes lignes : chaque plan vise un accord précis (A7, D7 ou E7), donc il faut savoir où ces accords tombent.
Ces plans fonctionnent-ils dans d’autres tonalités que La ?
Oui : déplacer tous les dessins du même nombre de cases. Pour un blues en Sol, tout descendre de deux frettes ; en Si, tout monter de deux.

