Un lick guitare est une courte phrase musicale toute faite, prête à être insérée dans un solo. Comme dans une langue, les licks sont le vocabulaire, l’improvisation en est la conversation. Cette page donne une méthode de travail en trois temps, puis un catalogue de 12 licks originaux tabulés, classés en cinq familles. Chaque famille s’accompagne d’une méthode de déclinaison précise qui porte le total à 52 variantes.

Qu’est-ce qu’un lick à la guitare ?
Le mot anglais lick désigne une phrase courte, en général de une à deux mesures, au contour mélodique reconnaissable. Un lick n’est pas lié à un morceau précis : il se transporte d’un solo à l’autre et d’une tonalité à l’autre. C’est ce qui le distingue d’un riff, motif d’accompagnement répété, et d’un plan, phrase plus longue rattachée à une grille d’accords ; cette différence est détaillée dans l’article sur les plans de blues à la guitare.
Tous les exemples sont écrits en La mineur ou en La dorien (La mineur avec une sixte majeure, le Fa#), dans la position 1 de la gamme pentatonique mineure montrée ci-dessus.
Comment travailler un lick guitare : la méthode en 3 temps
Apprendre la tablature ne suffit pas : trois temps de travail rendent un lick disponible en improvisation.
- Temps 1 — mémoriser. Jouer le lick très lentement, en boucle, jusqu’à le restituer sans lire la tablature. La propreté prime sur le tempo.
- Temps 2 — placer. Lancer un accompagnement en La mineur et insérer le lick à un endroit choisi, par exemple au début de chaque cycle de quatre mesures.
- Temps 3 — décliner. Modifier sa fin, son rythme, sa tonalité ou son octave. Ce troisième temps transforme une phrase apprise en vocabulaire personnel ; les méthodes ci-dessous le détaillent.
Quinze minutes par jour sur un seul lick valent mieux que la lecture de dix licks à la suite. Le guide improviser à la guitare explique ensuite comment bâtir un solo complet avec ce vocabulaire.
Le catalogue : 12 licks guitare tabulés, 5 familles, 52 déclinaisons
Tabuler 52 phrases serait illisible. Le catalogue fonctionne donc autrement : 12 licks entièrement écrits en cinq familles, et pour chaque famille une méthode de déclinaison chiffrée qui mène aux 52 variantes du tableau final.
Famille 1 : les licks blues (licks 1 à 3)
Lick n°1 : la réponse descendante
Une descente de la position 1 qui se pose sur la tonique La : la conclusion type d’une phrase de blues.

Lick n°2 : la note bleue en passage
La note bleue est le Ré# intercalé entre le Ré et le Mi. Elle ne se tient jamais : elle passe, et ce passage donne la couleur blues, comme l’explique l’article sur l’improvisation blues à la guitare.

Lick n°3 : l’appel avec bend
Le bend consiste à pousser la corde pour monter la note. Ici, le Ré de la case 7 monte d’un ton jusqu’au Mi, avant une réponse qui redescend vers La.

Décliner les licks blues : de 3 à 12
Chaque lick blues existe en quatre versions : la base plus trois déclinaisons. Changer la fin : remplacer la dernière note (La, corde de Ré case 7) par le Mi de la corde de La, case 7 ; la phrase reste en suspens au lieu de conclure. Changer le rythme : jouer les mêmes notes en triolets, trois notes par temps ; le lick sonne plus nerveux. Changer la tonalité : descendre toutes les cases de deux frettes pour jouer en Sol mineur (la case 5 devient la case 3). Trois licks × quatre versions = 12 déclinaisons.
Famille 2 : les licks rock (licks 4 à 6)
Lick n°4 : le motif répété
Le rock aime la répétition. Ce motif de trois notes, répété puis conclu sur La, fait monter la tension d’un solo lorsqu’il tourne en boucle.

Lick n°5 : les double stops
Un double stop consiste à jouer deux notes en même temps, ici sur les cordes de Si et de Sol. Le son, plus épais, est typique du rock.

Lick n°6 : la descente d’attaque
Une descente régulière du Do aigu jusqu’à la tonique. En croches à tempo soutenu, elle sert d’entrée en matière énergique.

Décliner les licks rock : de 3 à 12
Même principe, quatre versions par lick. L’octave supérieure : rejouer le lick douze cases plus haut (case 5 → case 17), même dessin de doigts, son plus perçant. Le doublé rythmique : attaquer chaque note deux fois en doubles croches, geste typique du rock. La tonalité de Mi mineur : tout monter de sept cases (case 5 → case 12). Trois licks × quatre versions = 12 déclinaisons.
Famille 3 : les licks pentatoniques débutant (licks 7 et 8)
Lick n°7 : l’aller-retour autour du Mi
Six notes, aucun écart difficile : ce lick monte jusqu’au Mi puis redescend symétriquement vers la tonique. Il est jouable dès les premières semaines.

Lick n°8 : la montée simple
Même esprit en partant du grave : la phrase part du Sol, monte jusqu’au Ré et revient conclure sur La.

Décliner les licks débutant : de 2 à 8
Quatre versions par lick. Finir sur Do : remplacer la dernière note par le Do de la corde de Sol, case 5 ; la phrase se colore de la tierce, plus douce que la tonique. Le rythme pointé : allonger une note sur deux (longue-courte), ce qui fait danser la phrase sans changer les doigts. La tonalité de Ré mineur : monter toutes les cases de cinq frettes (case 5 → case 10). Deux licks × quatre versions = 8 déclinaisons.
Famille 4 : les licks jazz en La dorien (licks 9 et 10)
Lick n°9 : la montée dorienne
Le mode dorien ajoute deux notes à la pentatonique : le Si et surtout le Fa#, sa sixte majeure caractéristique. Cette montée traverse les sept notes du mode.

Lick n°10 : l’encadrement chromatique
Geste typique du jazz : encadrer la note visée par sa voisine du dessus puis celle du dessous. Ici, le Si et le Sol# encadrent le La final ; le Sol#, hors du mode, n’est qu’une note d’approche brève.

Décliner les licks jazz : de 2 à 8
Quatre versions par lick. Changer la cible : appliquer l’encadrement à une autre note du mode, par exemple viser le Mi (corde de Si, case 5) en jouant Fa#–Ré#–Mi ; le geste reste identique, seule la destination change. Le départ en levée : commencer le lick un demi-temps avant le premier temps de la mesure, respiration naturelle du jazz. Ré dorien : monter l’ensemble de cinq cases pour jouer sur un accord de Ré mineur. Deux licks × quatre versions = 8 déclinaisons.
Famille 5 : les licks mixtes (licks 11 et 12)
Lick n°11 : la phrase legato
Legato signifie lié : les notes s’enchaînent par hammer-on (frapper la corde avec un doigt) et pull-off (tirer le doigt pour faire sonner la note du dessous), sans rattaquer au médiator. La phrase se conclut avec un vibrato sur la tonique.

Lick n°12 : le motif sur deux octaves
Un même motif de trois notes (La–Do–Mi) joué dans le grave puis rejoué une octave plus haut, un glissé reliant les deux registres. Cette construction donne de l’ampleur à un solo.

Décliner les licks mixtes : de 2 à 12
Les licks mixtes combinent les techniques ; ils acceptent donc davantage de variantes. Six versions par lick : la base, la fin sur Mi (suspens), la fin sur Do (couleur de tierce), les triolets, la tonalité de Sol mineur (deux cases plus bas) et le changement d’octave (le lick 11 douze cases plus haut, le lick 12 en inversant l’ordre des deux octaves, de l’aigu vers le grave). Deux licks × six versions = 12 déclinaisons.
Le tableau des 52 déclinaisons
Le compte complet, famille par famille, en appliquant les méthodes décrites plus haut.
| Famille | Licks tabulés | Versions par lick | Déclinaisons |
|---|---|---|---|
| Blues | 1, 2, 3 | base · fin sur Mi · triolets · Sol mineur | 12 |
| Rock | 4, 5, 6 | base · octave aiguë · doublé rythmique · Mi mineur | 12 |
| Pentatonique débutant | 7, 8 | base · fin sur Do · rythme pointé · Ré mineur | 8 |
| Jazz (dorien) | 9, 10 | base · autre cible · départ en levée · Ré dorien | 8 |
| Mixtes | 11, 12 | base · fin sur Mi · fin sur Do · triolets · Sol mineur · octave | 12 |
| Total | 52 | ||
Pour entendre ces phrases dans leur habitat naturel, la page Lick (music) sur Wikipédia retrace l’histoire de cette notion et ses usages dans le blues et le jazz.
Comment utiliser ces licks guitare dans un vrai solo ?
Ces 52 déclinaisons de licks guitare reposent sur 12 phrases mères et cinq transformations : changer la fin, le rythme, la tonalité, l’octave ou la cible. La méthode de travail reste identique : mémoriser lentement, placer sur un accompagnement, puis décliner. En pratique, deux ou trois licks bien déclinés nourrissent un solo entier. Le conseil le plus rentable : choisir un seul lick à la fois, produire soi-même ses quatre versions, et les insérer régulièrement dans une improvisation en La mineur. Pour donner vie à ces phrases, le travail du phrasé à la guitare — bends, vibrato, silences — est le complément naturel de ce catalogue.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un lick et un riff ?
Un riff est un motif d’accompagnement répété qui structure un morceau ; un lick est une phrase de solo, transportable d’un morceau à l’autre.
Combien de licks faut-il connaître pour improviser ?
Une dizaine de licks bien maîtrisés et déclinés suffisent largement. La qualité du placement compte plus que la taille du répertoire.
Comment transposer un lick dans une autre tonalité ?
Déplacer toutes les cases du même nombre de frettes : deux cases vers le bas pour passer de La mineur à Sol mineur, par exemple.

