Allan Holdsworth était un guitariste britannique né en 1946 et mort en 2017, considéré comme l’un des plus grands innovateurs de l’histoire de l’instrument. Son legato fluide comme un saxophone, ses accords aux écarts immenses et son harmonie savante ont marqué le jazz fusion et le rock progressif. Eddie Van Halen le citait comme son guitariste préféré. Cette page retrace sa biographie, décrypte son style, détaille son matériel et propose une discographie pour aborder une œuvre exigeante mais fascinante.

Biographie d’Allan Holdsworth
Des débuts anglais (1946-1974)
Allan Holdsworth naît le 6 août 1946 à Bradford, dans le nord de l’Angleterre. Son père, pianiste de jazz amateur, l’initie à la musique ; il rêve d’abord de saxophone et ne reçoit une guitare que vers dix-sept ans. Ce détour explique beaucoup : toute sa vie, il cherchera à faire sonner la guitare comme un instrument à vent, avec des lignes longues et sans attaque marquée. Autodidacte, il se forge une technique et une vision de l’harmonie entièrement personnelles.
L’homme des groupes mythiques (1975-1980)
Au milieu des années 1970, il devient le soliste que s’arrachent les groupes d’avant-garde. En 1975, il rejoint le batteur de Miles Davis, Tony Williams, dans le New Tony Williams Lifetime (Believe It, 1975 ; Million Dollar Legs, 1976). La même année, il enregistre Bundles avec Soft Machine, pilier du rock progressif anglais. Suivent le groupe du batteur Bill Bruford (Feels Good to Me, 1977 ; One of a Kind, 1979) et le supergroupe U.K., dont l’album éponyme de 1978 reste un classique du genre. Toutefois, ces formations lui laissent peu de contrôle ; il décide alors de voler de ses propres ailes.
La carrière solo américaine (1982-2017)
Installé en Californie, il lance sa carrière de leader avec le groupe I.O.U. Eddie Van Halen, admirateur déclaré, l’aide à obtenir un contrat chez Warner Bros : le mini-album Road Games (1983) est nommé au Grammy Award de la meilleure performance rock instrumentale. Viennent ensuite ses albums majeurs : Metal Fatigue (1985), Atavachron (1986), Secrets (1989), Wardenclyffe Tower (1992) et The Sixteen Men of Tain (2000). Respecté des musiciens mais peu connu du grand public, il tourne jusqu’à la fin de sa vie. Il meurt d’une maladie cardiaque le 15 avril 2017 à Vista, en Californie, à soixante-dix ans. Sa page Wikipédia documente en détail cette carrière hors norme.
Le matériel : SynthAxe et guitares headless
Holdsworth a couru toute sa vie après un son sans agressivité, proche du souffle. Trois familles d’instruments ont jalonné cette quête.
- Le SynthAxe : un contrôleur MIDI en forme de guitare, adopté en 1986 sur Atavachron et devenu son instrument principal pendant des années. Un capteur de souffle lui permettait de doser le volume comme un saxophoniste.
- Les guitares headless : des guitares sans tête, légères et stables, d’abord des Steinberger (dont un modèle GL2TA-AH à son nom), puis des instruments du luthier Bill DeLap.
- Les signatures Carvin/Kiesel : à partir des années 1990, la marque californienne construit ses modèles signature (séries H2 puis HH), toujours produits aujourd’hui par Kiesel.
Côté amplification, il séparait strictement deux sons : un clair, traité par des délais et des réverbérations en stéréo pour les accords, et un son saturé mais très lissé pour les solos, avec très peu d’aigus agressifs. Dans les années 1980, il jouait sur des amplis à transistors anglais Hartley Thompson, réputés pour leur clair immense. Plus tard, il a adopté des amplis à modélisation, notamment le Yamaha DG80 puis des têtes Hughes & Kettner, car ils lui permettaient de retrouver ses deux sons à volume réduit, en studio comme en tournée.
Le style de jeu d’Allan Holdsworth
Le legato le plus fluide de l’histoire de la guitare
Sa révolution la plus visible est le legato : presque toutes les notes sont produites par des hammer-on et des pull-off, c’est-à-dire par les doigts de la main gauche, sans attaque du médiator. Le débit devient continu, sans accent mécanique, comme le phrasé d’un saxophoniste. Pour y parvenir, il étirait la main gauche sur quatre, cinq, parfois six cases, afin de couvrir de grands intervalles sur une seule corde. La ligne ci-dessous applique ces principes sur un accord de Mi mineur 7.

Des gammes inhabituelles et des accords étirés
Son harmonie partait des gammes, jamais des positions d’accords toutes faites. Il cataloguait des gammes symétriques et synthétiques, c’est-à-dire construites par lui, puis en tirait des accords aux doigtés très étirés, riches en secondes et en quartes, sans équivalent chez d’autres guitaristes. La gamme mineure mélodique, présentée dans le guide de la gamme mineure mélodique à la guitare, ainsi que la couleur brillante du mode lydien, comptent parmi ses points de départ favoris. Ses lignes flirtent en permanence avec le jeu outside : la tonalité est suggérée, étirée, rarement assénée.

L’influence : de Van Halen aux guitaristes actuels
Eddie Van Halen déclarait en 1981 : « Pour moi, Allan Holdsworth est le numéro un. » Frank Zappa, Joe Satriani ou John Petrucci l’ont également cité parmi leurs références majeures. Son legato a nourri toute l’école shred des années 1980, tandis que ses harmonies ont marqué le jazz fusion moderne. Ainsi, un guitariste peut ne l’avoir jamais écouté et pourtant jouer, sans le savoir, des idées qui viennent de lui.
Discographie sélective : par où commencer ?
| Album | Année | Contexte | Intérêt |
|---|---|---|---|
| Believe It | 1975 | New Tony Williams Lifetime | Le jeune soliste en fusion brute |
| U.K. | 1978 | Supergroupe U.K. | Le sommet rock progressif |
| Road Games | 1983 | Mini-album solo | La nomination aux Grammy Awards |
| Metal Fatigue | 1985 | Solo | Le meilleur point d’entrée dans son univers |
| Secrets | 1989 | Solo, SynthAxe | L’équilibre guitare-synthétiseur |
| The Sixteen Men of Tain | 2000 | Solo tardif | La maturité, plus proche du jazz |
Ce qu’un guitariste peut travailler de son approche
Inutile de viser ses lignes les plus difficiles : trois axes de travail suffisent pour intégrer l’essentiel de sa démarche.
- Lisser le legato : jouer une gamme connue en n’attaquant que la première note de chaque corde, lentement, en visant un volume égal entre notes frappées et notes liées.
- Élargir la main : travailler des motifs sur une corde avec des écarts de quatre à cinq cases, sans forcer, pour couvrir de plus grands intervalles.
- Penser gamme avant accord : choisir une gamme, en extraire soi-même trois ou quatre accords, plutôt que de recopier des positions toutes faites.
L’exercice ci-dessous rassemble les deux premiers axes. Le principe : quatre notes par corde, donc un doigt par note, avec une seule attaque de médiator au changement de corde. Toutes les autres notes sont produites en hammer-on (marqué « h »). La montée parcourt le Mi mineur naturel, présenté dans le guide de la gamme mineure à la guitare, sur les cordes de Sol puis de Si.

Trois consignes rendent l’exercice utile. D’abord, un volume identique entre la note attaquée et les notes liées : c’est le cœur du son Holdsworth. Ensuite, un tempo lent (♩ = 60) tenu au métronome, car le legato masque facilement les décalages rythmiques. Enfin, une main détendue : si l’écart entre l’index et l’auriculaire tire, remonter l’exercice vers la case 7, où les cases sont plus rapprochées, avant de redescendre.
Pourquoi Allan Holdsworth reste-t-il un guitariste à part ?
Parce qu’il n’a rien emprunté : le legato saxophonique, les accords étirés, les gammes synthétiques et le SynthAxe dessinent un langage construit de zéro, hors des sentiers du blues et du be-bop. Disparu en avril 2017, il laisse une discographie compacte mais dense, dont Metal Fatigue reste la meilleure porte d’entrée. Pour un guitariste d’aujourd’hui, le plus utile n’est pas de copier ses lignes, très difficiles, mais d’adopter sa méthode : écouter les souffleurs, chercher un son personnel et interroger chaque habitude technique. C’est ce questionnement permanent qui a fait de Holdsworth le guitariste des guitaristes.
Questions fréquentes
De quoi est mort Allan Holdsworth ?
D’une maladie cardiaque, le 15 avril 2017, à Vista en Californie. Il avait soixante-dix ans et tournait encore peu avant sa disparition.
Pourquoi Eddie Van Halen admirait-il Holdsworth ?
Pour son legato et son originalité : Van Halen le désignait comme son numéro un et l’a aidé à signer chez Warner Bros en 1983.

