Lee Ritenour, guitariste surnommé « Captain Fingers », est l’une des figures majeures du jazz fusion américain. Musicien de studio le plus demandé de Los Angeles dans les années 1970, cofondateur du groupe Fourplay, il a construit en parallèle une carrière solo de plus de quarante albums. Son jeu combine précision funk, phrasé jazz et son d’une propreté exemplaire. Cette page retrace sa biographie vérifiée, analyse son style, détaille ses guitares, puis indique par où commencer dans sa discographie.

Qui est Lee Ritenour ? Biographie du guitariste
Un prodige des studios de Los Angeles (1952-1976)
Lee Ritenour naît le 11 janvier 1952 à Los Angeles, en Californie. Il commence la guitare enfant et progresse si vite qu’à seize ans, en 1968, il participe à sa première séance d’enregistrement professionnelle, avec le groupe The Mamas & The Papas. À dix-sept ans, il accompagne déjà des artistes comme Lena Horne et Tony Bennett. Il étudie ensuite la guitare classique à l’université de Californie du Sud (USC), ce qui lui donne une technique de main droite rare chez les guitaristes électriques.
Dans les années 1970, il devient l’un des musiciens de séance les plus sollicités de Los Angeles. Il enchaîne les enregistrements pour la pop, le cinéma et la télévision, dans tous les styles et souvent à vue, c’est-à-dire en lisant la partition sans répétition. Cette fiabilité totale lui vaut son surnom : « Captain Fingers », le capitaine aux doigts sûrs.
Captain Fingers et la carrière solo (1976-1990)
En 1976, il lance sa carrière sous son nom, puis publie en 1977 l’album Captain Fingers, devenu un classique du jazz fusion : thèmes funk, sections précises, guitare brillante et articulée. Suivent des disques marquants comme Rit (1981) et Festival (1988), où s’affirme son amour de la musique brésilienne. Sa collaboration la plus célèbre reste toutefois discrète : en 1979, il participe à l’album The Wall de Pink Floyd, où il renforce la guitare de « Run Like Hell » et joue, sans être crédité, la guitare rythmique de « One of My Turns ».
Sa complicité avec le pianiste et compositeur Dave Grusin, cofondateur du label GRP, structure toute cette période. C’est d’ailleurs avec Grusin qu’il obtient en 1986 son Grammy Award, celui du meilleur arrangement instrumental, pour le titre « Early A.M. Attitude ». Au total, sa carrière compte une victoire pour seize nominations aux Grammy Awards.
Fourplay, Six String Theory et les années récentes (1991-2026)
En 1991, Ritenour fonde avec le claviériste Bob James, le bassiste Nathan East et le batteur Harvey Mason le quartet Fourplay, référence du jazz contemporain dit « smooth jazz ». Il y reste jusqu’en 1997, puis cède sa place à un autre grand guitariste de studio, Larry Carlton. En 2010, l’album Six String Theory célèbre ses cinquante ans de guitare avec de nombreux invités ; il donne aussi son nom au concours international Six String Theory, que Ritenour organise pour repérer de jeunes guitaristes, bassistes, batteurs et pianistes.
En 2020, après l’incendie qui a détruit son studio californien et une partie de sa collection d’instruments en 2018, il publie Dreamcatcher, son premier album entièrement en guitare solo. En 2024 paraît Brasil, enregistré à São Paulo avec Dave Grusin et des musiciens brésiliens. Ritenour poursuit les tournées : son site officiel annonce encore des concerts en 2026, dont une série au club Jazz Alley de Seattle.
Le style de jeu de Lee Ritenour
Un funk propre et articulé
Le jeu de Ritenour repose sur une articulation exemplaire : chaque note est attaquée court, placée exactement sur la grille rythmique, sans bavure. En contexte funk, il alterne lignes en doubles croches, notes étouffées à la main gauche (ghost notes) et double stops, c’est-à-dire deux notes jouées ensemble, souvent une tierce et une quinte de l’accord. Ce vocabulaire donne un jeu percussif mais toujours mélodique.

Une fusion souple entre jazz, funk et Brésil
Harmoniquement, Ritenour pense en accords de quatre sons : sur un accord mineur 7, il vise d’abord les notes de l’arpège (fondamentale, tierce mineure, quinte, septième), puis les colore avec la sixte dorienne. Son phrasé reste chantant, avec des bends précis et un vibrato contrôlé, hérités du blues, posés sur des grilles jazz. Enfin, les rythmes brésiliens, samba et bossa nova, traversent toute son œuvre, de Festival à Brasil. Cette approche mélodique de l’improvisation jazz à la guitare le rapproche de George Benson, autre maître de l’articulation, avec un son plus moderne et plus produit.

Quelles guitares joue Lee Ritenour ?
| Instrument | Type | Rôle |
|---|---|---|
| Gibson L-5 signature « Lee Ritenour » | Archtop (Custom Shop) | Le versant jazz de son jeu |
| Gibson ES-335 | Demi-caisse | Fusion et concerts |
| Ibanez LR10 | Demi-caisse signature (années 1980) | Le son de l’époque Rit |
| Fender Stratocaster 1958 | Solid body | Guitare de studio historique |
| Guitares nylon (dont Sadowsky électro-nylon) | Cordes nylon | Répertoire brésilien et classique |
Côté amplification, il utilise selon les époques des Fender Twin et des Mesa/Boogie, avec un son de base clair et défini. Les effets restent discrets : une légère compression, un chorus et une réverbération courte, au service de la netteté plutôt que de la saturation.
Cinq albums pour découvrir Lee Ritenour
Une écoute dans cet ordre donne une vue complète de son parcours. Captain Fingers (1977) présente le guitariste de fusion à son sommet technique. Rit (1981) montre le versant pop et funk. Wes Bound (1993) est son hommage au jazz de Wes Montgomery, joué sur archtop. Six String Theory (2010) résume cinquante ans de styles avec ses invités. Enfin Brasil (2024), avec Dave Grusin, referme la boucle brésilienne ouverte dans les années 1970.
Ce qu’un guitariste peut apprendre de son jeu
Trois chantiers concrets se dégagent. D’abord la précision rythmique : travailler des lignes funk lentes au métronome, en attaquant court et en étouffant les cordes inutilisées. Ensuite les arpèges d’accords de quatre sons, à viser en priorité dans les solos, avant les gammes. Enfin la polyvalence : Ritenour prouve qu’un même musicien peut servir la pop, le jazz et la musique brésilienne, à condition d’écouter chaque style sérieusement. Ainsi, sa carrière de musicien de séance est en soi une leçon de méthode : lire, écouter, s’adapter, et rester propre à tous les tempos.
Pourquoi Lee Ritenour reste-t-il un guitariste de référence ?
Parce qu’il incarne un équilibre rare : la rigueur d’un musicien de studio capable de tout jouer, et la personnalité d’un soliste immédiatement reconnaissable à son articulation. Guitariste de séance légendaire de Los Angeles, invité discret de The Wall, cofondateur de Fourplay, lauréat d’un Grammy et organisateur du concours Six String Theory, Lee Ritenour a traversé cinquante ans de musique sans jamais sacrifier la propreté du jeu. Pour s’en inspirer, le plus efficace consiste à travailler lentement une phrase funk avec double stops, comme celle proposée plus haut, jusqu’à ce que chaque note tombe exactement à sa place. La discographie, de Captain Fingers à Brasil, fera le reste.
Pour aller plus loin
Le site officiel leeritenour.com publie sa discographie, ses dates de concert, dont celles de 2026, ainsi que les actualités du concours Six String Theory destiné aux jeunes musiciens.
Questions fréquentes
Pourquoi Lee Ritenour est-il surnommé « Captain Fingers » ?
En référence à sa précision légendaire de musicien de studio à Los Angeles ; c’est aussi le titre de son album de 1977.
Lee Ritenour a-t-il vraiment joué sur The Wall de Pink Floyd ?
Oui : en 1979, il a renforcé la guitare de « Run Like Hell » et joué, non crédité, la rythmique de « One of My Turns ».
Lee Ritenour est-il toujours en activité ?
Oui : après l’album Brasil (2024) avec Dave Grusin, il continue de tourner, avec des concerts annoncés jusqu’en 2026.

