George Benson est un guitariste de jazz américain devenu star mondiale de la soul et du rhythm and blues. Prodige de Pittsburgh, héritier direct de Wes Montgomery, il a inventé une signature unique : chanter en scat exactement les notes que joue sa guitare. Dix Grammy Awards, l’album Breezin’ vendu par millions et une guitare signature produite depuis 1977 résument une carrière hors norme. Cette page retrace son parcours, décortique son phrasé bebop-soul et détaille son matériel.

Qui est George Benson ? Biographie du guitariste
Un prodige à Pittsburgh (1943-1962)
George Benson naît le 22 mars 1943 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, dans le quartier du Hill District. L’enfance est précoce à un degré rare : à sept ans, il chante et joue du ukulélé dans les rues et les drugstores ; à huit ans, il se produit dans les clubs ; à neuf ans, il enregistre ses premiers 45 tours de rhythm and blues pour une filiale du label RCA. Le chant vient donc avant la guitare, un détail qui explique toute la suite de sa carrière.
Adolescent, il découvre les disques de Charlie Christian puis de Wes Montgomery. Ce dernier devient son modèle absolu : attaque ronde, jeu en octaves, sens du blues. Benson apprend le jazz à l’oreille, en relevant les solos note par note.
L’école Jack McDuff et les années CTI (1963-1975)
Au début des années 1960, l’organiste Brother Jack McDuff l’engage comme sideman. Un sideman est un musicien accompagnateur au service d’un leader. Pendant plusieurs années, Benson y apprend le métier : tempos rapides, blues, groove d’orgue Hammond, concerts quotidiens. Il enregistre son premier album sous son nom en 1964, avec McDuff en invité.
Dans les années 1970, le producteur Creed Taylor le signe sur le label CTI. Les albums Beyond the Blue Horizon (1971), White Rabbit (1972) ou Bad Benson (1974) installent sa réputation : un des improvisateurs les plus rapides et les plus fluides du jazz, capable de rivaliser avec les souffleurs de bebop. Toutefois, le grand public l’ignore encore.
Breezin’ et le virage chanté (1976-1990)
Tout bascule en 1976. Signé chez Warner, Benson enregistre Breezin’, produit par Tommy LiPuma. L’album atteint la première place du classement Billboard toutes catégories, une première pour un disque de jazz, et devient triple disque de platine. Sa reprise chantée de « This Masquerade » remporte le Grammy de l’enregistrement de l’année en 1977. Le guitariste virtuose devient crooner : voix soyeuse devant, guitare virtuose toujours présente derrière.
La décennie suivante enchaîne les succès : la version live de « On Broadway » (1978), démonstration de son scat doublé à la guitare, puis Give Me the Night (1980), produit par Quincy Jones, dont le titre phare règne sur les pistes de danse. Les puristes du jazz grognent, mais Benson n’a jamais cessé d’improviser : chaque tube contient un vrai solo.
Reconnaissance et activité récente (1990-2026)
Benson totalise dix Grammy Awards et il est nommé NEA Jazz Master en 2009, la plus haute distinction du jazz américain. En juillet 2024 paraît Dreams Do Come True: When George Benson Meets Robert Farnon, un album orchestral inédit enregistré en 1989 avec l’arrangeur Robert Farnon et resté trente-cinq ans dans les archives. La même année, il lève le pied sur les tournées internationales pour raisons de santé, tout en lançant début 2025 son festival « Breezin’ with the Stars » et en annonçant de nouveaux enregistrements.
Le style de jeu de George Benson : bebop, soul et octaves
Un phrasé bebop porté par le groove
Le vocabulaire de Benson vient du bebop : arpèges, chromatismes, croches swing débitées à grande vitesse. Un chromatisme est une note de passage étrangère à la gamme, placée entre deux notes voisines. Toutefois, son phrasé reste toujours chantant et dansant, car il pense en musicien de soul : accents marqués, blues omniprésent, phrases qui retombent sur le temps. Cet équilibre entre science du jazz et instinct du groove est étudié en détail dans le guide de l’improvisation jazz à la guitare.

Les octaves héritées de Wes Montgomery
Comme son maître Wes Montgomery, Benson double souvent sa mélodie à l’octave : la même note jouée simultanément sur deux cordes, deux cordes et deux cases d’écart. Le son devient plus épais, plus vocal, idéal pour les refrains. Là où Montgomery jouait au pouce, Benson attaque au médiator, ce qui rend ses octaves plus percutantes.

Le scat doublé à la guitare, sa signature absolue
La marque de fabrique de Benson reste le chant et la guitare à l’unisson : il improvise en scat, ces syllabes chantées sans paroles, tout en jouant exactement les mêmes notes sur le manche. L’exercice paraît impossible, car il exige que l’oreille, la voix et les doigts pensent la même phrase au même instant. C’est pourtant le meilleur test d’improvisation qui soit : ce que l’on ne peut pas chanter, on ne le maîtrise pas vraiment. Sa tenue de médiator, très fermée et proche du chevalet, donne enfin cette attaque claquante immédiatement reconnaissable.
Quel matériel utilise George Benson ?
Depuis 1977, Benson joue les guitares de son modèle signature Ibanez GB10, une petite archtop à caisse creuse conçue avec lui pour résister au larsen sur scène. Une archtop est une guitare de jazz à table bombée et ouïes en f. La GB10 est le modèle resté le plus longtemps en production de l’histoire d’Ibanez, et l’une des plus anciennes guitares signature encore au catalogue, déclinée en plusieurs variantes (GB10SE, GB40e anniversaire).
Avant Ibanez, il a joué des archtops Gibson, notamment des L-5 et Super 400, ainsi que des instruments du luthier new-yorkais D’Angelico. Côté amplification, il recherche un son clair, rond et puissant, historiquement via des amplis à transistors Polytone puis divers combos à lampes, avec un simple soupçon de réverbération. Aucun effet : tout le caractère vient des doigts et du médiator.
Discographie sélective : par où commencer ?
| Album | Année | Période | Intérêt |
|---|---|---|---|
| The New Boss Guitar | 1964 | Débuts, avec Jack McDuff | Le jeune prodige du soul-jazz |
| Beyond the Blue Horizon | 1971 | CTI | Le virtuose de jazz à son sommet |
| Breezin’ | 1976 | Warner | Le classique, « This Masquerade » inclus |
| Weekend in L.A. | 1978 | Live | « On Broadway » et le scat doublé |
| Give Me the Night | 1980 | Avec Quincy Jones | Le sommet soul-funk |
| Dreams Do Come True | 2024 | Archives orchestrales | Le crooner avec grand orchestre |
Ce qu’un guitariste peut apprendre de George Benson
Trois chantiers concrets se dégagent de son jeu. D’abord chanter ce que l’on joue : fredonner chaque phrase en même temps que la guitare, même faux, pour souder l’oreille et les doigts. Ensuite les octaves : reprendre une mélodie simple et la doubler à l’octave, lentement, pour épaissir le son. Enfin le groove : travailler des phrases de gamme majeure en croches swing avec métronome, car chez Benson la mise en place prime sur la vitesse. Son influence directe s’entend chez des guitaristes comme Lee Ritenour, autre figure du jazz-funk californien, et sa démarche illustre le cœur du guide improviser à la guitare : une phrase vaut par son chant, pas par sa difficulté.
Pour aller plus loin
Le site officiel georgebenson.com présente son actualité, sa discographie et ses archives. Les albums CTI puis Breezin’ forment le meilleur itinéraire d’écoute pour suivre la transformation du prodige de jazz en star de la soul.
Pourquoi George Benson reste-t-il un guitariste de référence ?
George Benson a prouvé qu’un guitariste de jazz pouvait conquérir le grand public sans renier son instrument. Son phrasé bebop-soul, ses octaves héritées de Wes Montgomery et son scat doublé à la guitare forment un langage complet, où la virtuosité sert toujours le chant. Dix Grammy Awards, un titre de NEA Jazz Master et une signature Ibanez produite depuis 1977 mesurent la reconnaissance ; l’album orchestral publié en 2024 montre que l’histoire continue. Le conseil pratique à retenir de lui tient en une consigne : avant de jouer une phrase, la chanter. Si la voix la trouve, les doigts suivront.
Questions fréquentes
Quel style de musique joue George Benson ?
Un mélange de jazz bebop, de soul et de rhythm and blues : instrumentiste virtuose sur ses albums de jazz, crooner à succès depuis Breezin’ en 1976.
Quelle est la guitare signature de George Benson ?
L’Ibanez GB10, une archtop compacte conçue avec lui et produite depuis 1977, le modèle resté le plus longtemps en fabrication chez Ibanez.
Combien de Grammy Awards George Benson a-t-il remportés ?
Dix, dont le Grammy de l’enregistrement de l’année en 1977 pour « This Masquerade », extrait de l’album Breezin’.

